QUELLE RÉVOLUTION POUR QUELLES ÉVOLUTIONS ?

La révolution est-elle vraiment indispensable pour évoluer ? Devons-nous nécessairement nous heurter à notre dualité, nous confronter, nous affronter pour évoluer, amorcer un autre monde et créer le futur ? De nouveau, je vous emmène dans le temps et dans l’espace pour voyager cette fois-ci dans le passé et explorer les racines du futur…

Retrouvez la restranscription de l’émission sous le Visiopodcast.

Dans cette nouvelle émission où je pose la question centrale de « QUELLE RÉVOLUTION POUR QUELLES ÉVOLUTIONS ? », je me demande en réalité si la révolution est vraiment indispensable pour évoluer ?

Devons-nous nécessairement nous heurter à notre dualité, nous confronter, nous affronter pour évoluer, amorcer un autre monde et créer le futur ?

J’ai décidé de faire cette émission en 2 podcasts. Le sujet est à la fois si vaste et si cristallisé par l’air du temps -ce temps ambiguë de grandes transformations que nous vivons- qu’il m’a paru plus approprié de le développer en profondeur.

Ce n’est que parce que nous aurons eu le courage de regarder nos profondeurs jusqu’à l’obscurité totale de notre Histoire, que l’on pourra ensuite prendre de la hauteur pour déclencher d’autres futurs, plus humains ou en tout cas, plus responsables.

La vie n’est pas linéaire, elle est cyclique. Tout comme la Terre, cette sphère limitée dans un monde sans limite, notre modèle humain, et notre économie même, devrait être circulaires. Question de survie.

Pourtant, ils ne le sont pas, puisque toute notre histoire est tracée comme une ligne de progression.

Au 4è siècle, St Augustin fut le premier à proposer non plus une histoire cyclique mais linéaire. « L’humanité, disait-il, est comme un homme qui apprend et qui s’élève vers un état meilleur ». Après lui, tout est allé dans le même sens.

Dans tout processus et quelle que soit son échelle, la vie est faite de hauts et de bas, de progressions et de régressions, d’évolutions et d’involutions… le tout allant, si l’on en croit nos penseurs et scientifiques des 17 derniers siècles, vers une amélioration de l’Homme en général.

Si l’histoire n’est pas cyclique, c’est donc qu’elle a un sens. Mais alors, quel est ce sens ? Où va le monde ? Où allons-nous ? Allons-nous vers le progrès (encore faut-il s’entendre sur le mot progrès) ou bien plongeons-nous « Vers l’abîme » comme le titre Edgar Morin.

Si, comme Pascal, cet homme à la fois mathématicien, physicien, inventeur et philosophe, nous poussions ce raisonnement linéaire jusqu’au bout, nous penserions comme lui, que toute décadence est impossible puisque depuis son arrivée sur Terre, l’Homme n’a jamais cessé d’apprendre. Dans son raisonnement, Pascal en déduira d’ailleurs 3 conséquences :

– 1ère conséquence : puisque l’avenir est la résultante de tous nos savoirs accumulés, il devient prévisible;

– 2ème conséquence : l’avenir est qualitativement supérieur au passé et au présent;

– 3ème conséquence : l’avenir est unidirectionnel et donc maîtrisable.

Si ce raisonnement était fondamentalement vrai, comment expliquer alors les génocides, la décadence de Rome, la disparition de civilisations entières comme les Mayas, les Mycéniens, les Olmèques, et bien d’autres types de décadences encore à travers les époques ?

Comme je l’évoquais dans ma précédente émission, l’avenir n’est pas unidirectionnel, mais multidirectionnel, d’où l’importance de notre action. L’agir, au sens de l’action, comme de la pensée ou de toute autre forme d’entrée en relation, est donc primordial.

Gaston Berger, l’un des pères et pionniers de la prospective en France, affirmait que l’avenir devait être considéré non comme « une chose déjà décidée et qui, petit à petit, se découvrirait à nous, mais comme une chose à faire » ! En définitive, quels que soient les aléas ou le sens global de nos civilisations, s’il y en a un, est-ce qu’à ce moment suspendu entre l’involution et l’évolution, la révolution est un passage obligatoire ? Pouvons-nous faire évoluer nos sociétés à l’échelle planétaire sans conflits ?

L’œuvre que j’ai peinte et qui a inspirée cette émission s’intitule « La (R)évolution des sans peur » avec le « R » de révolution, entre parenthèse. Mais avant de vous décrire ce que représente cette peinture et le texte qui, en l’occurrence, est un poème que j’ai écrit, je voulais vous partager un autre poème. Au moment où je compulsais mes notes pour bâtir cette émission, mes doigts sur le clavier ont rassemblés aléatoirement 2 mots : le mot « des » et le mot « nos », ce qui donna Desnos, me ramenant immédiatement au poète du même nom. Desnos est un poète français, né au tout début du 20è siècle et mort à la fin de la 2è guerre mondiale. Comme je me dis souvent que le hasard est juste une information dont on ne voit pas tous les liens de causalité, je tape donc Desnos sur mon moteur de recherche, et voici que je tombe en première ligne sur le poème suivant :

« Ce cœur qui haïssait la guerre… 

Ce cœur qui haïssait la guerre voilà qu’il bat pour le combat et la bataille !
Ce cœur qui ne battait qu’au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit,
Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines un sang brûlant de salpêtre et de haine,
Et qu’il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent,
Et qu’il n’est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne,
Comme le son d’une cloche appelant à l’émeute et au combat.
Écoutez, je l’entends qui me revient renvoyé par les échos.
Mais non, c’est le bruit d’autres cœurs, de millions d’autres cœurs battant comme le mien à travers la France.
Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces cœurs,
Leur bruit est celui de la mer à l’assaut des falaises
Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d’ordre :
Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !
Pourtant ce cœur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,
Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères
Et des millions de Français se préparent dans l’ombre à la besogne que l’aube proche leur imposera.
Car ces cœurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté au rythme même des saisons et des marées,
du jour et de la nuit. »

Ce cœur qui haïssait la guerre est un poème écrit en vers libres en 1943, qui se présente comme un constat entre les opinions pacifistes de Robert Desnos et la réalité de l’engagement armé.  Est-ce que l’histoire est une répétition ? En réalité, Non. L’histoire ne se répète pas, mais il arrive que les hommes oui. Sans oublier un élément majeur : par-delà les notions de bien ou du mal, l’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs.

Plus que jamais donc, le futur se crée, il n’est pas une fatalité, tout comme la guerre ou la révolution n’est pas une réponse unique entre deux changements majeurs. A nous de créer les ponts et les bifurcations nécessaires à des futurs moins barbares. Alors bien sûr, à ce stade, c’est souvent difficile de faire preuve d’imagination, d’innovation, car finalement, on nous aura inculqué pendant des générations l’idée que: si tu n’es pas « pour » c’est que tu es forcément « contre » ! Eh bien pourtant, si nous ne sommes ni « pour » ni « contre » une évolution en cours ou même une idéologie, c’est peut-être que nous sommes en inadéquation avec le modèle de société actuelle, avec cette ligne de progression qui nous inconforte, nous indigne, nous révolte même souvent. C’est probablement aussi que nous avons une façon différente de voir les choses, un peu comme un « super pouvoir » qu’on a conscience d’avoir mais qu’on n’ose pas déployer au grand jour de peur d’être isolé ou même trop nombreux…

Quelle alternative pourrions-nous proposer ? Ce serait quoi l’autre voie ? Pour créer cette autre voie, encore faut-il avoir conscience et connaissance de ce qui se joue à de plus grandes échelles, ne croyez-vous pas ?

Alors si vous voulez bien, prenons une nouvelle fois de la hauteur… Voyageons dans le temps et dans l’espace pour observer le passé et ausculter les germes du futur… Voyageons en gardant à l’esprit qu’il y a toujours une part d’imprévisible. L’imprévisible, c’est vous, vous qui composez l’humanité ou… le marché, tout dépend vos intérêts et votre place dans cette humanité.

Sans remonter trop amplement dans le temps, si l’on explore seulement brièvement la ligne des « révolutions » entre guillemet du 20è siècle, la première moitié de ce dernier figure parmi l’époque la plus meurtrière que l’humanité ait connue, offrant l’exacerbation des États-nations, enfantant deux guerres mondiales aux intentions abjectes, mêlant blindés et aviation… jusqu’à Hiroshima. Société de production oblige.

La deuxième moitié du siècle s’enlisera dans des révolutions internes, des conflits Est-Ouest par procuration, entre conflits à la carte et « guerres propres », vous savez ces guerres où on ne tue plus directement les gens ? On les laisse juste mourir en bloquant une entreprise, une ville, une région, un aéroport, un port… autant d’armes de chantage et de violence indirectes, au nom de la maîtrise des sacro-saintes ressources. Oui, les ressources naturelles, les ressources fossiles, celles qui s’épuisent à vitesse grand V. C’est le nerf de toute guerre. Le reste, c’est de la mythologie. Tout cela sur fond de dissuasion nucléaire… Responsable mais pas coupable, donc pas puni. Enfin, cela dépend de quel côté de la barrière, terrestre ou maritime, où on se trouve. C’est l’avènement de la société de consommation : « tout pour moi et… tiens, y’en a d’autres ? ».

Et puis les trente glorieuses consomment et se consument, et le début des années 80 voit apparaître le début des conflits religieux, le terrorisme, les guerres médiatiques (intimement liées au terrorisme d’ailleurs), la montée des pouvoirs mafieux…Bref, nous sommes encore dans cette configuration aujourd’hui alors que amorçons la fin des 20 premières années de notre 21è siècle. Cette configuration, c’est la société du spectacle, de la téléréalité à grande échelle, de la course à l’audimat. Souriez, vous êtes likés ! De quoi dérouter la théorie de Pascal sur nos savoirs accumulés ! Parce que dans cette société du spectacle, c’est… « le dernier qui dit qui est » !

Et puis les États prônent l’urgence comme on donne le « la » pour démarrer la chanson. L’urgence de quoi au fait ? De vivre ? De mourir ? Dans ces États d’urgence, tout devient « trouble de l’ordre public ». La moindre secousse est traitée comme un germe de révolution et le spectacle se joue à huit clos. Dans notre occident, nous ne ferons pas de guerres propres, nous n’opposerons pas les robots guerriers aux citoyens, non. La surveillance suffit. Des caméras bien sûr, mais aussi la surveillance des moyens de communication. Ficher et garder les germes de « révolutionnaires » atomisés pour ne pas qu’il se rassemblent.

Mais c’est quoi, un révolutionnaire au juste ? Je ne sais pas vous, mais pendant un temps, j’adorais découper dans les journaux les articles bien faits, ceux qui avaient du fond et de l’indiscipline. Et puis j’ai arrêté, faute de trouver le Saint Graal. Je collectionnais aussi les articles des journaux de la 2è guerre mondiale. Certains venaient de nos grands-parents, d’autres d’échanges ou de récupération de photos sur internet. Savez-vous que pendant la deuxième guerre mondiale les résistants n’ont pas toujours été appelés ainsi ? Au début, on les appelait des « terroristes ». Question de point vue ? Pas seulement. Quoique vous éveille cette idée, l’usage du discernement au regard des contextes, est certainement l’attitude la plus juste. Rien n’est jamais tout blanc ou tout noir, mais le discernement aiguise notre libre arbitre et permet le positionnement. Le discernement n’est ni le jugement (souvent basé sur l’émotionnel), ni la déduction (savant exercice de la raison). C’est la combinaison d’un travail conjoint de tous ses sens et de son esprit.

Mais revenons à nous moutons, pourvu qu’ils ne soient pas de Panurge ! Les années 2000 nous propulsent dans la mondialisation des échanges. Les pouvoirs s’exercent à l’échelle internationale, et devrais-je dire plutôt, à l’échelle des multinationales et de leur modes de management « à l’américaine ». Le vrai pouvoir est d’ordre économique, et c’est en réalité le signe avant-coureur d’une géopolitique sans politicien. Pour les États, l’émergence de ces pouvoirs économiques d’un nouveau genre constitue un véritable défi à leurs prétentions règlementaires et interventionnistes. Les États-nation deviennent un marché planétaire. On communique plus facilement et on échange plus rapidement les informations entre entreprises qu’entre États, ce qui renforce incontestablement la position de ces dernières. Malgré ses fonctionnaires, ses militaires, sa banque centrale européenne et ses moyens de contrôle, l’État moderne a de plus en plus de mal à réguler et à organiser les relations extérieures. Elles lui échappent, d’autant que l’évolution des moyens de communication et des réseaux sociaux, avec les entreprises Google et Facebook en tête, mettent de plus en plus les citoyens en direct avec la vie internationale et les enjeux collectifs mondiaux. Les États sont de moins en moins légitimes et le défaut de participation des citoyens aux élections présidentielles n’est qu’un des nombreux stigmates visibles. Même si dans un dernier sursaut, les États font tout pour faire de l’œil aux multinationales, comme par exemple un aéroport, des ports, des routes, de la main d’œuvre et des cadeaux fiscaux, … du genre « fais moi caïd et je te ferai pacha » (proverbe arabe), en réalité, l’État régalien, son armée, sa police et même sa monnaie –je parlerai des bitcoins dans une autre émission-, est en train de vivre sa fin de cycle et ses derniers instants.

En effet, la mondialisation des échanges –au départ purement économiques- n’aura pas vu, dans le bruit du monde, qu’était en train d’émerger une conscience planétaire… Une conscience où le pouvoir de « droit divin », de haut en bas, n’est plus concevable, mais une conscience qui s’exercera de bas en haut, émanant de femmes et d’hommes qui se construiront individuellement et collectivement par expérimentation… Cette nouvelle humanité se construira pour passer d’une société du spectacle à une société des enseignements, et pourquoi pas, une société de libération.

C’est ce que j’aborderai avec vous lors de la seconde partie de cette émission sur le thème : QUELLE RÉVOLUTION POUR QUELLES ÉVOLUTIONS ? Nous nous sommes immergés dans le passé et le présent pour mieux comprendre les racines du futur. Prochainement, nous explorerons ensemble ces futurs possibles…

Je vous donne rendez-vous le 1er vendredi du mois prochain, et d’ici là, n’hésitez pas à partager, commenter et vous abonner à ma chaine Youtube, pour ne rater aucune émission !

Semez pour élargir les racines de futur et créez des ponts à taille humaine entre le monde d’hier et celui de demain.

Vous êtes mon inspiration ! et je vous dis à très bientôt sur la radio des visionnaires.

Almakan
Artiste-auteure en avenirs possibles
et exploratrice d’émotions

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